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Articles avec #fantaisies tag

INACCESSIBLE

Publié le par Marie Célanie

Il n'en croyait pas ses yeux.

Elle était là.

De l'autre côté de la rue, assise à la terrasse d'un café.

Un manteau beige jeté négligemment sur une chaise, un feutre de même couleur sur une autre, un sac rouge posé sur la table, devant elle.

Elle buvait un café.

Elle avait si peu changé!

Il l'aurait reconnue entre mille.

Oui, c'était bien elle. Il en était sûr.

Que pouvait-elle bien faire ici, dans cette petite ville de province?

Il se souvenait.

Elle ne souhaitait qu'une chose, autrefois,

Partir.

Quitter ce bled perdu, ce lycée pourri et les ploucs qui l'entouraient,

et dont il faisait partie.

Il y avait combien de temps? 40 ans?

Et bac en poche, elle avait disparu. Plus personne ne l'avait revue.

A vrai dire, à part lui, personne ne l'avait regrettée et elle avait été bien vite oubliée.

Il se souvenait.

Sa timidité maladive le paralysait.

Il se vivait laid, gauche, sans intérêt. Et sans doute l'était-il.

Il n'aimait ni son visage, ni son corps.

Cachant l'un sous une longue mèche de cheveux, l'autre sous la blouse réglementaire.

Il se noyait dans la lecture et dans le sport.

Se passionnait pour le foot, où il était dramatiquement mauvais, mais incollable : il savait tout des joueurs, des clubs, des entraîneurs.

Il pouvait en discuter pendant des heures, épuisant tous les copains.

Il se souvenait.

D'elle, de son attitude hautaine.

Elle ne s'attachait à personne et personne ne s'attachait à elle.

Les amours des unes et des autres, si cachées qu'elles fussent, tout le monde finissait par être au courant.

Qui sortait avec qui, mais elle ne sortait avec personne: pas de petit ami.

Rien.

Les filles disaient qu'elle recevait beaucoup de courrier.

Et c'est tout.

Le samedi, elle quittait l'internat pour rentrer chez elle.

Revenait le lundi matin.

Ce qui s'était passé entre, elle n'en parlait pas.

Il se souvenait.

Dès qu'il l'avait vue arriver dans sa classe, il en était tombé éperdument amoureux.

Il la contemplait pendant les cours,

se contentant de la voir,

de vivre dans le même espace qu'elle.

Il l'admirait:

c'était une élève brillante.

Quoique,

parmi eux, n'importe qui l'eût été, brillant.

A leur différence, elle s'intéressait à ce qu'elle apprenait.

Travaillait et aimait son travail.

posait des questions,

n'hésitait jamais à interpeller les professeurs.

Elle avait réveillé leur classe médiocre et les professeurs, endormis dans leur routine, en avaient été légèrement secoués et agacés.

On la jalousait.

"Non, mais! Elle se prend pour qui?"

Elle ne semblait pas s'en apercevoir.

Il rassemblait tout ce qu'il pouvait apprendre sur elle,

questionnant les copines.

"mais tu es amoureux, ou quoi?"

"Non, non! Tu penses bien que non! je me demandais, c'est tout"

Il rêvait d'elle jour et nuit.

Elle l'accompagnait partout, fantôme familier.

Elle devenait son idéal.

La femme idéale.

Elle brillait,

juchée sur un piédestal,

semblable à une antique idole païenne,

dorée,

magnifique,

Intouchable.

Il ne tenta jamais de l'approcher.

Quitta le lycée,

partit comme les autres entamer des études,

travailler.

Il connut d'autres filles, d'autres femmes,

tomba amoureux,

se maria.

Mais, elle restait dans sa mémoire.

Et aujourd'hui, elle était là.

De l'autre côté de la rue.

Un peu vieillie, mais inchangée.

C'était elle, il en était sûr.

Il ne voyait qu'elle: une femme élégante, assise à la terrasse d'un café.

Il resta longtemps ainsi, puis il se décida à traverser et à s'approcher,

lentement.

"Excusez-moi"

Elle releva a tête en haussant les sourcils,

et il eut un coup au cœur :

C'était ce mouvement là,

il la revoyait dans la cour, quand on l'appelait,

se retournant en haussant les sourcils,

un sourire poli et froid sur les lèvres.

"oui?"

le sourire poli et froid

était là, aussi glacial qu'autrefois;

"Excusez-moi. J'ai l'impression de vous connaître. Vous n'étiez pas en terminale littéraire, au lycée de La Ferrière?"

"Mon dieu! Que c'est loin! Qui êtes-vous?"

"Antoine. Antoine Lebeau"

"Ca ne me dit rien. Je ne me souviens pas. Excusez-moi, je suis attendue. D'ailleurs, je partais"

En effet, elle partait.

Elle avait remis son manteau, son chapeau, pris son sac.

Soudain, elle se retourna;

Lui sourit largement,

d'un sourire radieux,

et l'embrassa doucement sur la joue

"Au revoir, Antoine"

Il la vit monter dans une voiture

et disparaître.

Il lui restait une caresse sur la joue,

un parfum fleuri qui flottait à sa suite.

C'était bien elle.

Tant mieux si elle ne voulait pas le reconnaître.

C'est comme ça qu'il l'aimait.

Qu'il l'avait toujours aimée.

Inaccessible.

 

©Marie Célanie

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MANETTE

Publié le par Marie Célanie

C'est elle qui me reconnaît la première. Et du bout de la rue, elle me fait son petit sourire en coin.

Je suis perdue dans mes pensées, je tire mon caddy, plein de légumes, je pense au repas à préparer et qu'il faudra que je retourne au marché sitôt le chariot vidé et je ne la vois qu'au dernier moment.

Elle sourit toujours et s'approche pour m'embrasser. Je la serre dans mes bras "Comment ça va, Manette?" Et elle me répond comme toujours "Pfuuuuu! ça va, enfin, oui ça va"

Mais ça ne va pas, non. Jamais je ne l'ai vue sortir dans cet état. Ses cheveux sont en désordre, pas coiffés, malgré le vent qui souffle, elle n'a pas fermé sa vieille doudoune qui a perdu ses couleurs, (je sais qu'elle en a une autre, noire, neuve, mais c'est pour les dimanches et les visites), son gilet noir est mal boutonné et son pull blanc pendouille dessous, sorti du pantalon. Mais que vous arrive-t-il Manette?

Elle tire son caddy.

"J'ai perdu mon mari. J'avance." "Oh! Mais vous allez le retrouver, va"

Elle aperçoit la botte de blettes qui déborde de mon chariot. "Vous avez trouvé des blettes? Chez Momo?" J'essaie de lui expliquer que, non, je ne les ai pas achetées chez Momo. Mais déjà elle s'égare, ne comprend plus. Je l'embrasse en la quittant et 10m plus loin, je croise Jean.

"Manette vous cherche"

"Oui, je la perds de temps en temps, mais je la retrouve toujours"

Il sourit avec tendresse. En lui parlant, je vois qu'il a oublié quelques touffes de poils blancs, en se rasant. Il ne les voit plus. Et ça me serre le cœur.

Je les regarde s'éloigner, elle trottinant péniblement sur ses vieux pieds douloureux, petite et fragile, lui grand et gris, myope, toujours souriant, et qui la couve d'un regard inquiet et attendri.

Non, Manette ne va pas bien.

Depuis quelque temps, elle ne trouve plus ses mots. Elle les cherche, bégaie, balbutie, cherche une périphrase, s'exaspère de son impuissance, et quand le mot revient c'est l'idée qui est partie. Et, si on le lui souffle, ce mot, elle s'énerve aussi, ressentant encore plus son handicap.

Elle se plaint parfois. "Dans ma famille, on vit très vieux. Mon père est mort à 104 ans, et ma sœur, ma sœur, qui a 5 ans de plus que moi, est toujours là. J'ai 90 ans. J'en ai assez. Je dors. Dès que je m'assoie, je dors. Ce matin, j'ai dormi jusqu'à 9h. C'est trop" Elle fait une pause, puis reprend "C'est trop long. C'est trop long" Je comprends à demi-mot et je la serre dans mes bras. Elle essuie ses yeux. Maintenant, ils larmoient en permanence, et ça l'agace. Alors, elle souffle : Pfuuuuu!

Souvent nous nous retrouvons devant l'étalage de Momo et je lui demande pourquoi elle achète toujours autant de légumes. "Pfuuuu! Mon mari...." et sa langue s'embrouille.

Elle cuisine très bien, Manette, et tant qu'elle pourra sortir choisir ses légumes, les éplucher, les cuisiner, ça ira à peu près. Elle s'épuise à traîner son caddy de chez elle jusqu'au marché, du marché jusque chez elle. Et non, elle ne veut pas des repas fournis par la Mairie. Pas encore. Elle cuisine pour son mari. Encore et tant qu'elle pourra. Comme elle l'a toujours fait. Elle sait ce qu'il aime et comment le lui préparer. Encore un peu.

Ils sont si fatigués, Jean et Manette. Ils avancent encore à petits pas, à petits maux. La vie leur échappe doucement. Ils vivent seuls, dans leur maison, au cœur de leur jardin, dont ils étaient si fiers, et qu'ils ne peuvent plus entretenir, ou presque. Ils nous sourient, heureux de nous voir, et nous, en les voyant, nous voyons notre passé et notre avenir avec effroi.

Car quand ils auront disparu, à notre tour, nous nous battrons contre le temps.

Alors, on les embrasse encore. Encore une fois. Encore un peu. On serre leurs vieux corps fatigués dans nos bras comme on les aime, Jean et Manette.

 

©Marie Célanie

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SALUT L'AMI !

Publié le par Marie Célanie

 

Il est parti.

On l'apprend brutalement en lisant un email.

Et l'on s'étonne.

Il n'y a pas si longtemps que je lui ai parlé.

Si, il ya longtemps, tu l'avais presqu'oublié, pas tout à fait. Il était là, au bord de ta mémoire.

Il fait partie de ceux qu'on a croisés. Ceux qu'on aimait bien.

Tu le revois, jovial, la blague au coin de l'œil, tout en rondeur.

Il fait partie de ceux qu'on a laissé passer, laissé filer.

Par timidité, par politesse, pour ne pas déranger.

Ceux avec qui on a partagé un moment, une passion, un bout de chemin.

A qui on n'a même pas pensé à dire au revoir.

On comptait sur le hasard, qui fait si bien les choses.

Je vais le croiser un jour ou l'autre, ici ou là, dans la rue, au marché, à l'arrêt du bus, quelque part.

Mais le hasard s'est lassé et on ne les a plus revus.

Il fait partie de ceux qui ont croisé nos vies, et puis, qui en sont sortis. Sans qu'on le veuille vraiment.

On se dit que rien ne nous les fera oublier. On sait qu'on ment: le temps efface les mémoires.

Et, puis, un jour comme un autre, arrive la nouvelle.

Si triste.

Il est parti.

Si j'avais su, si j'avais pu, si j'avais voulu.....

Salut, l'ami.

©Marie Célanie

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La Chambre aux Mille Secrets

Publié le par Marie Célanie

Tu m'avais offert une fenêtre, ouverte sur les étoiles.

Et, allongés sur le lit, main dans la main, nous les regardions en silence, et nous volions vers elles, toi et moi.

Mais un jour, sans raison, sans un mot, tu fermas la fenêtre et ce fut comme si elle n'avait jamais existé.

Et tu sortis de la chambre aux mille secrets.

Tu refermas la porte sur le lit défait, les vêtements épars et la vaisselle sale.

Me laissant dans le noir et le froid.

Longtemps, je me cognai aux murs, avant de m'effondrer sur le sol, les cheveux dénoués couvrant mes épaules, le corps meurtri.

Les secrets de la chambre hurlaient à mes oreilles, couvrant mes pleurs.

Enfin, je pus ouvrir la porte.

Je sortis, dans la lumière blafarde et je fermai à clé la chambre aux mille secrets.

Je partis.

Droit devant moi.

Sans réfléchir.

Sans m'arrêter.

J'allais. Loin de la chambre aux mille secrets.

J'allais, jusqu'aux confins du monde, là où la terre finit, la où le monde se fond dans la mer.

Comment y arrivai-je enfin? Je ne sais plus. Mes pieds avançaient, comme guidés, comme si une voie se traçait devant eux.

La mer m'attendait.

J'entrai dans l'eau et nageai aussi loin que je pus, aussi longtemps que je pus.

Et là, j'ouvris mon poing fermé et je jetai la clé de la chambre aux mille secrets. Je la laissai tomber au fond de l'océan,

Pour que jamais personne ne la retrouve,

Pour que jamais personne ne rouvre la porte de la chambre aux mille secrets.

Je sortis de l'eau et laissai sécher sur ma peau l'eau salée.

Je tressai mes cheveux ruisselants et rinçai mon visage.

Assise sur le sable, je restai longtemps à regarder le soleil se noyer à l'horizon.

Je le regardai brûler sous la surface de la mer.

Et quand il fit nuit,

Je partis.

Droit devant moi.

Sans réfléchir.

Sans m'arrêter.

Vers ailleurs.

 

©Marie Célanie

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Poisson d'avril

Publié le par Marie Célanie

1er avril.

Le grand jour était enfin arrivé!

Les derniers mois s'étaient traînés interminablement. Bien sûr qu'elle le savait, qu'il était de son intérêt d'attendre le meilleur moment pour partir. Ça n'empêchait pas l'impatience. Elle avait consulté tous les organismes concernés, et la réponse était claire: dans son cas, pour toucher un montant de retraite correct, elle devait attendre le 1er avril, à 65 ans et 4 mois. Et on y était! Enfin!

Elle avait accompli toutes les démarches, rassemblé toutes les pièces demandées, et aujourd'hui, elle partait. Enfin!

Il faisait un joli soleil printanier, un peu frais encore, mais déjà joyeux, après les pluies de l'hiver. Les arbres étaient en fleurs, les premiers bourgeons éclataient, de ce vert tendre du printemps. Elle se sentait au diapason avec la nature: prête à refleurir. Et gare à celui qui lui parlerait de son âge .....

Elle quittait sans regrets un travail devenu fastidieux et un mode de vie de toujours plus fatigant.

Chaque matin et chaque soir elle passait une heure, et parfois plus, dans les transports en commun. Même si elle avait toujours une place assise, elle en ressentait de plus en plus la fatigue. De plus, elle avait une correspondance en cours de route. S'il pleuvait, elle était trempée, s'il faisait froid, rien ne parvenait à la réchauffer et s'il faisait chaud, elle cuisait à petit feu dans les wagons chauffés à blanc au soleil. Dernier jour de cette corvée! Ah! Non! Elle ne regretterait pas les trains de banlieue, jamais à l'heure, toujours entre une grève et un épisode de travaux, ceci justifiant les retards, les arrêts ou même les suppressions surprises qui ajoutaient facilement un quart d'heure à votre temps de trajet. Un jour, elle avait même dû prendre un taxi pour arriver au bureau: suppression de tous les trains pendant deux heures! Fini tout ça!

Donc, elle monta dans le train pour la dernière fois. Regarda encore le paysage de maisons de banlieue, petits pavillons aux jardins bien soignés, barres d'immeubles aux fenêtres ouvertes sur la voie. Parfois, par une trouée, on apercevait au loin Paris: le Sacré Cœur, la Tour Eiffel, la Tour Montparnasse. Décidément, c'était une belle journée pour partie.

Les semaines précédentes, elle avait débarrassé son bureau de toutes ses affaires personnelles.

Ces dernières années avaient pesé leur poids. Ses collègues, arrivés en même temps qu'elle ou un peu avant, étaient partis, les uns après les autres, remplacés par des jeunes gens dynamiques avec qui elle n'avait pas grand-chose en commun. Quelquefois, elle avait même du mal à comprendre ce qu'ils disaient et de quoi ils parlaient: trop de termes techniques, trop d'anglicismes. Au début, elle avait essayé de discuter avec eux, de choses et d'autres et de ce qu'ils avaient en commun: leur travail. Quand elle se rendit compte que le silence se faisait à son entrée dans une pièce ou que ses remarques étaient accueilles par des sourires en coin et des regards moqueurs, elle avait arrêté les frais. Il n'y avait pas à proprement parler de mauvaise ambiance, personne en la traitait méchamment. Deux univers se côtoyaient, le sien et le leur. Voilà tout. Elle avait fini par s'en accommoder. Mais elle s'ennuyait, son travail ne la passionnait plus, et elle avait hâte de partir.

Quelques jours plus tôt, elle avait annoncé qu'elle offrirait un pot, le 1er avril, pour son départ à la retraite. Avec jubilation, elle avait noté les regards affolés, les conciliabules: évidemment, pot signifiait cadeau et personne n'y avait pensé! Petite vengeance tellement subtile que personne ne la prit pour telle! Elle avait d'ailleurs, vicieusement prévu un pot royal : champagne, foie gras, canapés et amuses bouches sucrés et salés, le tout commandé chez un traiteur qui viendrait livrer et mettre en place. Elle se réjouissait en pensant: vous allez voir comment fonctionnent les vieux, petits morveux! Elle en riait d'avance!

Elle s'en amusa encore plus quand elle vit les regards désolés devant le magnifique buffet installé dans la salle de réunion. Ils n'avaient pas prévu de rester longtemps et regrettaient déjà de devoir partir si vite: le train les enfants, on les attendait etc.. elle souriait et disait: "mais bois au moins un verre à ma santé"

Ce qu'ils firent.

Le patron se gratta la gorge pour réclamer leur attention, il allait faire un petit discours d'adieu, et il se lança dans l'historique de ses fonctions. Elle s'approcha et lui dit gentiment: "Faisons simple. Souhaitez-moi bonne chance" Il éclata de rire, l'embrassa et lui dit "on vous regrettera, vous savez"

Peut-être...

Puis il lui offrit un cadeau au nom de l'entreprise: une tablette!!!! le modèle le plus récent!!!!

Elle s'exclama, feignant la surprise et le contentement. Qu'allait-elle bien pouvoir faire de ce truc? Le donner à l'une de ses petites filles, sans doute.

Les collègues s'approchèrent, un peu gênés, un paquet dans les mains:

"Un souvenir , pour te rappeler tous les bons moments passés ensembles"

" Merci, que c'est gentil" Et elle les embrassa, affectueusement car elle les aimait bien, finalement. Ce n'était pas de leur faute s'ils étaient jeunes...

Elle ouvrit le paquet en souriant. Elle pensait : ils ont dû se casser la tête pour trouver une idée!

Elle y trouva une bouteille d'excellent whisky (son péché mignon), un abonnement pour 2 personnes au Musée du Louvre et un autre pour le Centre Pompidou;

"Comme ça, si tu t'ennuies pendant ta retraite, tu pourras soit te bourrer la gueule soit aller au Musée" Vaste programme....

Elle les regarda, émue. Ils souriaient, contents d'eux; Et ils pouvaient l'être! Elle les embrassa, encore, en les remerciant, presque gênée, maintenant.

Quand les derniers partirent, ils lui dirent:"T'embêtes pas avec la salle, on s'en occupera demain"

Elle était ravie.

Et elle reprit son train, en sens inverse, pour la dernière fois.

Elle se sentait merveilleusement bien, sereine, en paix, en descendant du train. Elle marchait lentement, pensant au temps libéré qui l'attendait. Elle avait établi un programme précis. D'abord, dans quelques jours, elle partirait faire un Tour de France de tous ses amis et parents, neveux, nièces à qui elle n'avait jamais le temps de rendre visite. Cela l'occuperait environ 3 semaines, ce qui la mènerait fin mai. Elle aurait bien besoin à ce moment là de se poser et elle s'occuperait de la maison: il y avait beaucoup à réorganiser, des achats à faire qu'elle remettait sans cesse. Par exemple, il faudrait changer les meubles de jardin et les parasols. Peut-être aussi le barbecue. Refaire les peintures?

Elle était presqu'arrivée chez elle lorsqu'elle entendit un bruit de pas. On courait derrière elle. Perdue dans ses pesées, elle n'y fit pas attention.

Quelqu'un l'immobilisa par derrière pour lui voler son sac en le tirant violemment. Cela se passa très vite. On la poussa et elle reçut un coup derrière la tête. En tombant, son crâne heurta le trottoir. Elle eut le temps de penser"1er avril" avant de perdre connaissance.

Définitivement.

©Marie Célanie

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