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Contraste

Publié le par Marie Célanie

Les contrastes, et donc les cohabitations, architecturaux  à Puteaux
Les contrastes, et donc les cohabitations, architecturaux  à Puteaux
Les contrastes, et donc les cohabitations, architecturaux  à Puteaux

Les contrastes, et donc les cohabitations, architecturaux à Puteaux

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Arbres en hiver

Publié le par Marie Célanie

Arbres et brouillard....Arbres et brouillard....
Arbres et brouillard....Arbres et brouillard....

Arbres et brouillard....

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La Battère

Publié le par Marie Célanie

La Battère

La machine se tut enfin.

Un calme s'installa dans la lumière dorée par la poussière de paille.

Depuis 3 jours ils vivaient dans le bruit du moteur de la batteuse. Le mécanicien la faisait fonctionner et la bichonnait, les hommes lui fournissait le blé qu'elle battait vigoureusement. D'un côté, les grains, emplissaient les sacs et de l'autre, la paille ressortait, recrachée par la machine.

Les hommes en sueur, le béret vissé sur la tête, fermaient les sacs et les entassaient contre un mur avant d'aller les charger au grenier, et ficelaient la paille des bottes.

Et il en fallait des hommes! Pour charger les bottes de blé sur la charrette, puis, à l'aide d'une fourche les lancer de la charrette sur la machine où d'autres hommes les engageaient proprement dans la gueule qui allait les digérer. Et encore, au pied, ceux qui fermaient les sacs pleins et les remplaçaient par des vides, au fur et à mesure, et enfin ceux qui lançaient les bottes ficelées sur une autre charrette.

C'était une ronde interminable, les hommes debout sous le soleil qui lançaient, attrapaient, chargeaient le blé.

Mais, le tap tap de la machine s'était tu. les dernières bottes et les derniers sacs s'empilaient.

Dernier effort : les monter au grenier.

Les hommes s'arrêtèrent un moment, poings sur les hanches, en nage. Ils sortaient de grands mouchoirs à carreaux de leurs poches pour éponger la sueur, soulevaient le béret couvert de poussière, le frappant d'un coup sec contre la main ou contre la cuisse pour le brosser.

Ils burent goulûment aux bouteilles de vin coupé d'eau qui attendaient, s'essuyant les lèvres d'un revers de main. Et se dirigèrent vers l'abreuvoir pour se rincer le visage et les bras à l'eau toujours fraîche dans la cuve de pierre, envahie de mousses et de fleurs et où nageaient des têtards.

La fatigue se faisait sentir, mais le sentiment du travail accompli tous ensemble, les comblait.

La patronne arriva en courant, un peu essoufflée " A table, à table,! la soupe est trempée!"

Ils s'avancèrent vers la grange où la table était dressée. On avait posé des planches sur des tréteaux et des barriques et on les avait couvertes de draps blancs en guise de nappe.

Pour s'asseoir, il y avait les bancs de la salle et des planches posées sur des cageots.

Le couvert était mis, mais sans couteaux, ils sortiraient leur "Opinel" tout à l'heure; les femmes avaient posé des pots à lait garnis de fleurs: les roses et les glaïeuls du jardin, quelques épis de blé et des coquelicots sauvages.

Ils s'assirent en laissant le maître de maison s'installer au bout de la tablée.

Les soupières arrivaient de la salle, mais avant de manger, ils se levèrent tous, ôtèrent leurs bonnets, baissèrent les yeux pour la prière "Mon Dieu, bénissez ce repas, Amen" et un grand signe de croix.

Joyeusement, le béret dans la poche, ils commencèrent à se servir la soupe.

Une soupe de légumes: carottes, poireaux, navets, pommes de terre et haricots. Ils savaient que dans cette maison, la soupe serait bonne. la patronne y mettait toujours un bout de jambon, une carcasse de poulet, de la ventrèche ou un peu de graisse, et elle n'oubliait pas quelques tomates du jardin. Au fond de la soupière, de larges tranches de pain achevaient le régal. On les mangeait après le reste, tout imbibées du bouillon.

Les bouteilles de vin rosé circulaient, on avait percé une barrique.

Après la soupe, les femmes apportèrent les pâtés, bien poivrés, encore dans leurs bocaux. Ils avaient été cuisinés à la fin de l'hiver quand on avait tué le cochon. Le maître se leva, saisit une des miches de pain, la serra contre sa poitrine, traça une croix sur la croûte, et avec son petit couteau de marque "Opinel" coupa de larges tranches du pain blanc.

Avec les pâtés on servit quelques légumes tous cueillis le matin dans le jardin: des tomates bien mûres et ces petite piments doux qu'on ne trouve qu'au Sud de l'Adour. Ils sont à la fois croquants et juteux, presqu'amers parfois, mais aussi doux au goût.

La patronne avait tué elle-même 3 poulets qu'elle servit rôtis, coupés en morceaux, dans de grands plat ronds. Elle avait glissé dans le corps de chaque poulet un morceau de pain rassis généreusement frotté d'ail et bien poivré. Et qu'ils allaient se disputer maintenant! Avec le poulet, arriva l'incontournable: le plat- ou plutôt- les plats de haricots. Eux aussi venaient du jardin, de gros haricots blancs mijotés avec des oignons, de la poitrine salée et poivrée, de la tomate et bien d'autres choses encore!

Les femmes et les filles allaient et venaient depuis la salle jusqu'à la grange, portant les plats, encore du vin, de l'eau aussi pour se rafraîchir, chassant les chiens qui venaient pleurer un os, ramenant les plats vides à la cuisine où ils étaient aussitôt lavé, essuyés et rangés.

Ainsi elles portèrent le seul fromage possible, le fromage des brebis des vallées, le seul digne de figurer sur cette table; on l'achetait aux bergers qui faisaient le tour des fermes avec leurs énormes roues dans leurs charrettes.

Pour le dessert on avait cueilli les dernières pommes, petites, rouges et croquantes à la chair rose et veinée comme un pétale, qui donnait aux confitures et aux gelées une couleur inimitable.

On finit par les gâteaux. Des tartes aux fruits et des biscuits simples qu'on agrémenta de confitures. Le maître se leva et revint avec quelques bouteilles de vin blanc doux.

Les hommes repoussèrent leurs assiettes, s'étirèrent, s'installèrent plus confortablement. Certains sortirent leurs cigarettes en papier maïs qu'il fallait rallumer sans cesse. Ils parlaient des récoltes, du temps, des bêtes et du lait, des nouvelle machines. Et ils racontaient des histoires, des blagues qui les faisaient rire aux larmes.

Quelque part des enfants criaient en se poursuivant.

Les femmes vinrent débarrasser et offrir du café.

C'est alors que Peyrot se leva pour chanter.

Sa voix s'éleva "Malaye cuan te vi, trop charmanto bruneto". Il chantait en fixant de ses yeux noirs, la fille de la maison, qui rougit un peu et courut vers la salle où sa mère, comprenant d'un coup les regards et les sourires à la sortie de la messe, la pria fermement de faire la vaisselle. Non pas que l'histoire lui déplût. Non. Mais il fallait voir.

Autour de la table, les chanteurs se succédaient. Un bon repas doit comprendre la soupe, le poulet, les haricots et des chants.

Et ces hommes avaient de si belles voix! le dimanche à la messe, depuis la tribune, c'était un torrent de montagne qui se déversait. Les voix roulaient, faisant vibrer les cœurs et les murs.

Dans la salle, les femmes lavaient, essuyaient, rangeaient. parlaient d'enfants, de morts, d'accouchements, des "histoires" des unes avec les autres, et elles riaient, elles riaient, toutes ensemble en travaillant!

Quand elles eurent tout rangé, balayé, essuyé, la nuit commençait à tomber. L'une d'elles dit "Allons, il est temps"

Elle ôta son tablier, le plia, enfila sa veste, mit son foulard et partit vers la grange.

Elle tapa sur l'épaule de son mari qui se leva de suite "C'est l'heure" "Adieu"

Eh oui, là-bas, on ne dit pas au revoir, ni bonjour, on dit "Adieu"

Ils se levèrent tous, retrouvant d'un coup leur fatigue. Oui, il fallait rentrer, s'occuper des bêtes, et demain repartir moissonner chez un autre voisin, et ainsi de suite jusqu'à ce que tous les blés soient rentrés.

En partant, ils allèrent saluer la patronne qui les attendait, bien droite sur les marches de la salle, souriante et fière. Bam! Encore une battère faite et bien faite!

Demain, elle irait aider chez la voisine, et les autres femmes aussi.

©Marie Célanie

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