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LE PARFUM DES ROSES

Publié le par Marie Célanie

Le Parfum des roses

Il était seul. Allongé sur le sable. Le jour se levait et bientôt la chaleur serait insupportable. Cette nuit, il avait cru mourir de froid. Il ne sentait plus ses pieds. Peut-être étaient-ils gelés? ...Pour ce qu'ils lui serviraient dorénavant...

Il avait soif. Mais il essayait d'économiser le peu d'eau qui lui restait.

Sa blessure lui faisait mal, de nouveau. Et il ne pouvait pas y faire grand-chose

En partant avec les autres, l'infirmier ou plutôt, celui qui faisait office d'infirmier, lui avait laissé quelques doses de morphine "Pour attendre qu'un hélicoptère vienne te récupérer"

Ils savaient tous les deux qu'il n'y aurait plus d'hélicoptère. Les blessés qui ne pouvaient plus marcher étaient abandonnés, il n'y avait pas d'autre solution. Il n'était pas le premier. Quelques cadavres jonchaient leur route.

Ils étaient donc tous partis après lui avoir serré la main. Ils lui laissaient un peu d'eau et de nourriture, une couverture de survie et son barda. Plus la morphine. Et ses armes.

Le soleil commençait à chauffer. Ou bien il avait de la fièvre. Sa blessure n'était pas belle, elle s'infectait, peut-être.

A quel moment l'aventure glorieuse s'était-elle transformée en déroute sanglante?

Ils avaient cru être prêts. Mais leurs équipements n'avaient pas fait long feu devant les conditions extrêmes du désert. Leurs vêtements étaient trop lourds ou trop légers. Trempés de sueur, ils leur collaient à la peau. Ils ne les protégeaient pas du sable qui pénétrait partout, ni du vent qui les rendait fous..

Face à eux, l'ennemi, insaisissable. Couverts de la tête aux pieds de vêtements amples et noirs, le visage voilé et la tête enserrée dans un foulard. Indifférents au sable et au vent. Aguerris, endurcis par un entraînement sans pitié et un endoctrinement sans faille, ils évoluaient à leur aise dans cet univers hostile.

Leur cruauté froide envers leurs prisonniers était réelle. Il ne voulait pas tomber vivant entre leurs mains.

Il avait quelques heures pour trouver une solution.

La sueur couvrait son visage, lui coulait dans les yeux, dans le cou. Son corps en était trempé. Le soleil... La fièvre...La peur aussi, sans doute.

Le désert autour de lui devenait mouvant. Ses yeux voyaient mal. Les dunes de sable scintillaient, semblant changer de forme, de texture. Trop forte réverbération.

Il aurait aimé en savoir plus sur cet infini de sable. Dès son arrivée, la beauté de ces paysages l'avait séduit, mais il n'y avait pas de temps pour ça. Il s'était dit, quand tout sera fini, je reviendrai. Mais, il fallait avancer, tirer sur des silhouettes imprécises et fantomatiques, et avancer, avancer. Et, maintenant...trop tard...

Il but un peu d'eau. Il allait devoir prendre une décision rapidement.

Ailleurs, il aurait craint une attaque de charognards, pressés de nettoyer sa carcasse. Mais ici...rien ne vivait à part des hommes fous qui se battaient entre eux.

Que deviendrait son cadavre? Y avait-il malgré tout quelque bestiole qui viendrait nettoyer ses os? ou bien le soleil, le sable et le vent le dessècheraient-ils? tiens, ça ressemble à un refrain "le ciel, le soleil et la mer" La mer...elle était loin.

Il pouvait attendre que les ennemis arrivent et tenter d'en tuer un ou deux avant de se faire descendre. Son état de faiblesse ne lui laissait pas d'espoir. Il serait désarmé avant même d'avoir pu tirer. Et ils l'emmèneraient. Cela, il ne le voulait à aucun prix.

Il pouvait utiliser son arme de poing et se tirer une balle dans la tête. Cette solution avait le mérite d'être simple et rapide. Trop peut-être.

Restait la morphine. En espérant qu'il y en ait assez pour provoquer une overdose mortelle. Il but encore un peu d'eau, puis finit tout le reste. Il se cala contre son paquetage et commença les injections.

La douleur lancinante disparut ce qu'il savoura intensément.

Il se sentit fatigué, d'un coup. Il lui semblait entendre résonner les battements de son cœur dans tout son corps.

Boum, boum, boum, un beat obsédant, une pulsation géante, jusqu'à la pointe de ses pieds gelés.

Ses yeux se fermèrent, et il respira un parfum de roses.

Il revit les rosiers qu'ils avaient plantés devant la maison: des blancs, des rouges écarlates presqu'orange, des rouges bordeaux sombres, des jaunes délicats. Ils sentaient si bon!

Un matin, il avait cueilli toutes les roses, les avait effeuillées, avait ramassé leurs pétales et en avait couvert le lit où elle dormait. Elle s'était réveillée dans le parfum des roses. Il entendait encore son rire heureux et complice...

Et s'il revenait?

Il sourit, soupira et s'endormit dans le parfum des roses.

Marie Célanie

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virefleau 25/10/2015 20:42

Tres joli Marie , continues !