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ET S'IL REVENAIT?

Publié le par Marie Célanie

Et, s'il revenait?

Sûrement, il pousserait la grille qu'elle ne prenait plus la peine de fermer à clé depuis longtemps. D'ailleurs, elle avait égaré la clé. La grille s'ouvrirait en gémissant, ainsi qu'elle le faisait toujours. Il aurait fallu graisser les gonds du portail, mais elle ne s'en préoccupait pas.

Il suivrait la petite allée sablée et bordée de rosiers. Il s'arrêterait un instant pour respirer leur parfum. Il avait toujours aimé le parfum des roses, et les roses sans parfum, si belles qu'elles soient, ne lui plaisaient pas. Il regarderait autour de lui, pour enregistrer les changements, c'est à dire, si peu de choses...Il monterait les trois marche, usées, et frapperait à la porte. 3 coups secs, comme un code oublié.

Elle viendrait lui ouvrir, bien sûr, il y avait si longtemps qu'elle l'attendait!

Il entrerait dans la vieille maison et les sourires et les rires, les chansons et les danses renaîtraient.

Il l'entraînerait en riant et en l'embrassant jusqu'à la vieille nacelle sous la treille dans le jardin. Ce serait la fin de l'été et les raisins commenceraient à mûrir. Les guêpes bourdonneraient autour d'eux dans le soleil.

Ils s'installeraient, et boiraient du thé glacé, en se balançant, doucement. Ils ne parleraient pas du passé, ils ne poseraient pas de question. Il n'y aurait pas de pourquoi, pas de comment. Juste un murmure partagé.

Quand le soleil disparaîtrait à l'horizon, derrière les collines, ils retrouveraient le chemin de la chambre et elle lui ouvrirait son lit, où elle se perdait toute seule depuis tout ce temps.

S'il revenait!

Son regard tomba sur ses mains, posées sur ses genoux, ridées, couvertes de taches brunes, vieillies...

Ses mains à lui n'avaient pas eu le temps de vieillir. Elles devaient reposer sur son arme, quelque part, là-bas, dans les sables du désert, sous le soleil brûlant qui les avaient desséchées. Loin d'elle, loin d'eux.

Elle avait espéré longtemps, malgré les rumeurs, les annonces. Rien n'était sûr, et tant qu'aucun avis officiel ne lui parvenait....Mais il avait bien fallu l'admettre, le corps expéditionnaire avait été massacré, il n'y avait aucun survivant et les corps étaient restés sur place, sans sépulture.

La souffrance s'était installée; son corps semblait se déchirer, il lui semblait que rien ne l'apaiserait jamais. Nuit et jour, les images de mort se succédaient dans son cerveau. La solitude la désespérait. Et chaque jour il lui fallait se battre pour vire une vie sans but.

Le temps efface tout, dit-on. Plutôt, il affaiblit les souvenirs.

Elle resta seule. Vivant chaque jour comme le dernier, une vie sans joie et sans fin.

Mais....s'il revenait?....

Pourquoi n'aurait-elle pas le droit de rêver ? puisqu'elle ne pouvait pas oublier?

copyright Marie Célanie

Commenter cet article

virefleau 23/10/2015 23:58

Mais qu'allait t'il donc faire dans ce corps expeditionnaire?

Marie-Françoise Saulue-Laborde 24/10/2015 08:44

La muerte!

Corinne Mahé 21/10/2015 00:05

on a tous un "s'il revenait" quelque part en nous, doux et mélancolique .... joliment partagé, Marie